Garrincha : l'ailier génial du Brésil de 1958 et 1962
Garrincha, l'ailier aux jambes arquées : son jeu, ses Coupes du monde 1958 et 1962, Botafogo et une fin de vie difficile. Le portrait sans légende dorée.
L'équipe Drip Seleção · · 9 min de lecture
Il y a des joueurs que l'on admire et des joueurs que l'on aime. Garrincha appartient à la seconde catégorie. Au Brésil, on l'appelait « la joie du peuple », et le surnom dit tout : là où d'autres impressionnaient, lui faisait rire les tribunes. Un ailier droit aux jambes tordues, que personne n'aurait sélectionné sur sa seule silhouette, et qui a pourtant porté la Seleção vers son deuxième titre mondial presque à lui seul.
Son histoire est aussi l'une des plus tristes du football brésilien. Raconter Garrincha honnêtement, c'est parler du dribbleur de génie et de l'homme qui n'a jamais su se protéger. Les deux vont ensemble, et c'est ce que nous vous proposons ici, sans enjoliver.
Un corps que personne n'aurait choisi
Garrincha s'appelait Manuel Francisco dos Santos. Il a grandi à Pau Grande, une petite localité de l'État de Rio de Janeiro organisée autour d'une usine textile. Enfant, il souffrait de malformations : une colonne vertébrale déviée et des jambes arquées, qui ne tournaient pas dans le même sens. Les récits de sa vie précisent aussi qu'une de ses jambes était plus courte que l'autre. Sur le papier, rien ne le destinait au sport de haut niveau.
Son surnom vient d'un petit oiseau brun des campagnes brésiliennes, la garrincha, qu'on lui aurait donné enfant parce qu'il était petit et vif. Le nom est resté, et le stade national de Brasília porte aujourd'hui son nom : l'Estádio Nacional Mané Garrincha, « Mané » étant son autre surnom familier.
Ce qui frappe dans toutes les descriptions de l'époque, c'est que son handicap apparent est devenu une arme. Ses appuis déroutaient les défenseurs. Il penchait d'un côté, repartait de l'autre, et personne ne savait lire ses hanches. Garrincha n'avait pas mille feintes : il en avait surtout une, toujours la même, un faux départ suivi d'une accélération vers l'extérieur. Tout le monde la connaissait. Presque personne ne l'arrêtait.
Si vous regardez aujourd'hui les quelques images qui circulent de ses matchs, vous verrez un joueur qui ne ressemble à aucun ailier moderne. Pas de course rectiligne, pas de gabarit athlétique, mais des changements de rythme brutaux et un sens du timing que vous ne pouvez pas apprendre à l'entraînement. Gardez en tête que ces archives sont rares et souvent de mauvaise qualité : une grande partie de sa légende s'est construite à la radio et dans les récits des journalistes, ce qui explique aussi pourquoi certaines anecdotes ont gonflé avec le temps.
Botafogo, le club d'une vie
Garrincha arrive au Botafogo au début des années 1950. L'anecdote la plus racontée de son essai veut qu'il ait humilié en quelques minutes Nílton Santos, déjà défenseur international et futur champion du monde. Comme toute anecdote fondatrice, elle a sans doute été polie au fil des années, mais elle résume bien le personnage : un inconnu qui ridiculise un titulaire de la Seleção, sans même avoir l'air de forcer.
Nílton Santos devient ensuite son coéquipier et l'un de ses plus fidèles défenseurs, au sens propre comme au figuré. Au Botafogo, Garrincha passe l'essentiel de sa carrière et en devient le symbole. Le club de Rio, avec son étoile solitaire sur fond noir et blanc, reste aujourd'hui encore indissociable de son nom.
Il faut comprendre ce qu'il représentait pour le public. Garrincha ne jouait pas pour gagner proprement. Il jouait pour s'amuser, revenait parfois vers un défenseur qu'il venait de passer pour le dribbler une deuxième fois. Certains entraîneurs y voyaient de l'indiscipline. Les supporters, eux, y voyaient exactement ce pour quoi ils payaient leur place. C'est en partie là que naît l'idée d'un football brésilien joyeux et inventif, que l'on retrouve plus tard dans le récit du jogo bonito.
1958 : l'entrée en scène avec Pelé
À la Coupe du monde 1958 en Suède, Garrincha ne commence pas titulaire. La sélection brésilienne se méfie de ce joueur imprévisible, jugé trop peu sérieux. Il entre dans l'équipe au troisième match, contre l'Union soviétique, en même temps qu'un adolescent nommé Pelé. Les deux changent la physionomie du Brésil.
La suite est connue : le Brésil remporte la compétition en battant la Suède en finale, chez elle. C'est le premier titre mondial de l'histoire de la Seleção, huit ans après le traumatisme du Maracanazo de 1950, et la preuve qu'une équipe brésilienne pouvait gagner loin de chez elle.
Dans la mémoire collective, 1958 reste toutefois l'année de la révélation de Pelé. Garrincha y est brillant, mais il partage la lumière. Pour mesurer ce qu'il valait vraiment, il faut regarder le tournoi suivant. Si vous voulez mieux connaître l'autre héros de cette équipe, notre portrait de Pelé retrace son parcours complet.
1962 : le Mondial de Garrincha
La Coupe du monde 1962 se joue au Chili. Le Brésil arrive en tenant du titre, mais perd Pelé sur blessure dès le deuxième match. Sans son numéro 10, la Seleção aurait pu s'effondrer. C'est Garrincha qui prend le relais, et pas seulement comme ailier : il marque, il décide, il porte l'équipe.
Il fait partie des meilleurs buteurs du tournoi, ce qui est remarquable pour un joueur dont le rôle était surtout de déborder et de centrer. En demi-finale contre le Chili, pays organisateur, il est expulsé. Selon les règles, il aurait dû manquer la finale. Il est pourtant autorisé à la jouer, un épisode qui fait encore débat chez les historiens du jeu. Le Brésil bat ensuite la Tchécoslovaquie en finale et conserve son titre.
Ce deuxième sacre est le seul des cinq titres mondiaux brésiliens (1958, 1962, 1970, 1994, 2002) que l'on associe d'abord à Garrincha. C'est aussi pour cela qu'il garde, au Brésil, une place à part : il a gagné quand la star n'était plus là. Pour replacer ces années dans l'histoire globale de la sélection, notre page sur l'équipe du Brésil de football donne le contexte.
Une fin de vie difficile
La partie la plus douloureuse de son histoire commence après 1962. Les genoux de Garrincha, déjà fragiles, le font souffrir de plus en plus. Il joue encore, notamment la Coupe du monde 1966 en Angleterre, où le Brésil est éliminé dès le premier tour. Il quitte ensuite le Botafogo et passe par plusieurs clubs, dont les Corinthians et Flamengo, sans retrouver son niveau.
Garrincha n'a jamais été un homme d'affaires. Les récits de sa carrière décrivent des contrats signés sans les lire et un joueur qui ne mesurait pas sa propre valeur. Sa vie privée est agitée, très exposée, notamment sa relation avec la chanteuse Elza Soares. Surtout, il souffre d'alcoolisme, un problème qu'il traîne depuis sa jeunesse et qui ne le lâchera plus.
Il meurt à Rio de Janeiro en janvier 1983, à 49 ans, des suites de cette maladie. Sa disparition provoque une émotion immense dans le pays. Le contraste entre la joie qu'il a donnée et la solitude de ses dernières années fait de lui une figure tragique, souvent citée quand on parle de la manière dont le football protège mal ses joueurs une fois la carrière terminée.
Si vous découvrez son histoire, vous serez peut-être surpris par le décalage entre son statut et sa notoriété en France. Pelé est connu de tous ; Garrincha beaucoup moins. Au Brésil, c'est l'inverse dans certains cœurs : nombre de supporters plus âgés vous diront qu'il était le joueur le plus aimé de sa génération, justement parce qu'il ressemblait à eux.
Il serait faux de réduire Garrincha à ce déclin. Il serait tout aussi faux de le cacher. Son héritage, c'est un style, une insolence dans le dribble, et une question qui reste ouverte : que doit-on aux joueurs qui nous ont fait rêver ?
Conclusion
Garrincha est l'anti-modèle parfait du footballeur moderne : un corps « mal fait », une discipline approximative, aucune stratégie de carrière. Il est pourtant l'un des plus grands ailiers de l'histoire, champion du monde en 1958 et héros de 1962. Le Brésil l'a aimé pour ce qu'il était, avec ses dribbles et ses failles.
Si cette époque vous parle, l'esthétique des maillots d'alors, simples, sans sponsor apparent, a influencé une bonne part de la mode football d'aujourd'hui. Notre article sur le maillot de foot rétro en retrace les codes. Et si vous cherchez une pièce aux couleurs du Brésil pour le quotidien, nos maillots Seleção éditions concept sont des créations Drip Seleção, pas des répliques officielles : ils rendent hommage à l'esprit du pays sans prétendre reproduire une tenue de match. Le reste de la boutique, vestes et pulls compris, est visible dans l'ensemble du catalogue Drip Seleção.
FAQ
Pourquoi Garrincha avait-il les jambes arquées ?
Il souffrait de malformations depuis l'enfance : jambes arquées dans des directions différentes, colonne vertébrale déviée, et une jambe plus courte que l'autre selon les récits de sa vie. Ces particularités, loin de le freiner, rendaient ses appuis imprévisibles pour les défenseurs.
Que signifie le surnom Garrincha ?
C'est le nom d'un petit oiseau brun du Brésil. Le surnom lui aurait été donné enfant, en raison de sa petite taille et de sa vivacité. On l'appelait aussi « Mané », et le public l'avait surnommé « la joie du peuple ».
Combien de Coupes du monde Garrincha a-t-il gagnées ?
Deux : 1958 en Suède et 1962 au Chili. Il a également disputé la Coupe du monde 1966 en Angleterre, où le Brésil a été éliminé au premier tour.
Pourquoi dit-on que 1962 est le Mondial de Garrincha ?
Parce que Pelé s'est blessé dès le deuxième match et que Garrincha a pris l'équipe à son compte. Il a marqué des buts décisifs, figure parmi les meilleurs buteurs du tournoi et a mené le Brésil jusqu'à la victoire en finale contre la Tchécoslovaquie.
Dans quel club Garrincha a-t-il joué ?
Principalement au Botafogo de Rio de Janeiro, où il a passé l'essentiel de sa carrière et dont il reste le symbole. Il a ensuite joué dans plusieurs autres clubs, dont les Corinthians et Flamengo, à une période où ses genoux le faisaient déjà beaucoup souffrir.
Comment Garrincha est-il mort ?
Il est mort à Rio de Janeiro en janvier 1983, à 49 ans, des suites de l'alcoolisme dont il souffrait depuis longtemps. Sa fin de vie difficile contraste fortement avec la joie qu'il avait apportée au public brésilien.
